Chapitre II
Où rien ne vaut un ami pour boire la tasse.

Étonnement ce n’est pas la température de l’eau, ni la pression qu’elle exerce sur mon corps qui occupe mon esprit à mesure que je pénètre le monde d’en dessous. Non. C’est la rapidité avec laquelle je sombre.
Tout petit déjà, quand mes amis me tapaient gentiment dans le dos, la demi-sphère plombée qui me tient lieu de jambes, me jouait des tours. Je me mettais alors à tourner sur moi-même et à vaciller sur mon axe jusqu’à ce que les lois de la physique ou une âme charitable m’immobilise. Tout en coulant à une vitesse affolante je m’étonne de ne pas avoir pris cette particularité anatomique pourtant si familière en compte avant de ma jeter à la baille.
Je me rapproche à toute allure de l’objet en stationnement que j’avais repéré de la surface. De la haut, il m’avait semblé aussi petit que ma barque, mais à mesure que je m’en approche il s’avère être beaucoup plus imposant. Et bien plus élaboré. C’est un véritable sous-marin construit de bric et de broc, ingénieusement assemblé par, j’en suis sûr, un esprit supérieur. Avec un peu de chance et la trajectoire adéquate, je devrais pouvoir me poser sur ce qui ressemble à une écoutille.
Malheureusement, mon saut plein d’enthousiasme m’a éloigné un peu à l’écart de l’engin. Bon. Je ne vais pas maudire ma bonne étoile, elle m’a sortie de pétrins tout aussi terribles par le passé.
Je me dandine comme un perdu, utilisant le poids de mon corps pour réorienter ma direction. J’y suis presque.
Je vois les écrous, les plaques courbées qui forment une sorte de poste de pilotage. Encore un peu et je pourrais attraper la longue antenne qui surplombe la cabine…
Mais un courant traitre me repousse en arrière au moment où mes trois doigts allaient se refermer sur la tige.
J’arrive au niveau de la vitre de devant et bientôt j’aurai dépassé complètement le véhicule.
Et c’est à ce moment que mon regard croise, celui, ébahi du pilote. C’est le visage d’un ami que je n’ai pas vu depuis des lustres. Assis aux commandes de l’engin, Jacko, protégé derrière la vitre du cockpit me regarde couler avec des yeux larges comme des soucoupes.
Le soulagement et l’allégresse se mêlent dans ma poitrine. Enfin !
Tout à ma joie je ne remarque pas tout de suite que mon vieil ami, une longe autour de la taille, s’est éjecté de son cocon pour me sauver. Il m’agrippe tant bien que mal avant que je ne disparaisse dans les tréfonds et me ramène au sec avec lui.
Après avoir toussé et craché tout notre saoul, l’heure est aux embrassades.
– Professeur Bidirond ! Mais où étiez-vous donc passé ? Il s’est passé plein de choses depuis votre départ. Tous les autres explorateurs sont rentrés depuis longtemps. Sauf vous ! J’étais tellement inquiet ! Vous savez, personne n’a pu expliquer pourquoi l’eau continue à monter !
– Holà, holà, doucement Jacko. Laisse-moi reprendre mon souffle ! » Je lui dis en riant.
En vrai, j’ai envie de savourer l’instant. J’ai tellement rêvé de cet instant précis, où je serai enfin chez moi, en bonne compagnie habité par la certitude qu’à partir de maintenant tout allait bien se passer.
L’espace dans lequel nous sommes est exigu mais confortable, bien qu’un peu trempé par notre escapade sous-marine. On peut voir qu’il a été aménagé avec soin. Je m’assois sur un petit banc appuyé le long d’une paroi et observe mon jeune ami. Il semble toujours le même, exalté et impatient.
– Dis-moi Jacko, est-ce toi qui as construit cet appareil ?
Il gonfle la poitrine et hoche la tête fièrement. J’avais raison de penser que l’inventeur de cet engin était un être hors du commun.
– Professeur ? Je dois vous poser la question… » Il baisse les yeux, embarrassé. Je sais très bien ce qu’il veut me demander.
– Oui, Jacko. J’ai la réponse que je suis parti chercher. Il faut absolument que tu m’emmènes voir le monsieur le maire sans plus attendre.

Manoo

Retrouvez la suite de l’histoire à raison d’un épisode chaque mardi et vendredi jusqu’au 27 février