Le journal d’Apolline S., les chroniques de Fyléas 4/4

Poitiers, 108ème jour de mon apprentissage

Plus que huit jours avant le jour que tout le monde ici attend. Je ne reconnais quasiment plus Poitiers ! Ce soir encore, en rentrant de l’atelier où j’assistais aux derniers réglages de la fusée PIQUETON-8, j’ai croisé des gens venant du monde entier. Le tram à chenilles bruissait de dizaines de langages différents. Les auberges, les hôtels, les maisons d’hôtes… tout est plein depuis des jours. J’aime cette ambiance cosmopolite. J’ai rencontré des gens étonnants, j’ai discuté avec d’autres astronomes, avec des ingénieurs, des biologistes, des cryptozoologues, des pilotes de zeppelin, des historiens, et même un poète. Tous venaient apporter leur expertise, qu’ils soient directement inclus dans le projet ou non. Je n’aurais jamais cru à un tel élan collectif, mais l’enthousiasme autour de notre découverte et du Grand Voyage à venir a balayé tous les grincheux qui auraient pu se plaindre de tant d’agitation.

La professeure m’a demandé de travailler avec un autre astronome, de l’université de Nairobi au Kenya. J’avais déjà dévoré un essai de ce Chane Okemwa sur la couleur des exoplanètes, et j’avais peur de ne pas être à la hauteur une fois confrontée à la réalité du travail d’équipe. Tout s’est pourtant très bien passé. Lui et moi n’avons guère quitté l’observatoire ces derniers temps, si ce n’est pour conseiller les ingénieurs affairés à construire les engins qui nous emmèneront sur Fyléas.

Depuis le sommet de l’hôtel de ville, nous avions une vue imprenable sur le chantier de la piste de décollage. La place d’Armes était envahie de gens, de stands, et d’engins étonnants servant à assembler les machines géantes qui s’envoleront bientôt. D’ici trois ou quatre jours, le nez de la fusée devrait être visible d’ici. On distinguait également le parcours qu’emprunteront les différents équipages de ce premier voyage. Tous ces heureux élus traverseront la ville, sous les hourras de la foule, avant d’embarquer dans la fusée. Oh, j’ai bien sûr fait attention de me réserver une place : Adorias Mil’Thieb, mon nouvel ami fyléen, a promis de m’accueillir avec une boule-volante de karimâte fumant. Si j’ai bien compris, il s’agit de leur boisson matinale. J’ai déjà prévu de remplir le compartiment à liquide de ma combinaison avec le meilleur café de la ville. Cela nous fera un bon sujet de débat !

Je me sentais un peu coupable de partir alors que Chane et la professeure resteront en arrière. Mais ils seront finalement bien occupés à superviser l’achèvement du premier zeppelin-tandem, qui suivra la fusée PIQUETON-8 d’ici quelques semaines. Si tout se passe bien, le mélange des technologies de nos deux mondes permettra de faire avec ces dirigeables d’élégants voyages touristiques ou d’agréables balades en amoureux entre Fyléas et la Terre. Ces prochaines années seront des années fichtrement excitantes pour terminer mon professorat. La professeure Caristhène m’a assuré qu’elle ferait en sorte que la cérémonie ait lieu sur Fyléas-même !

Mais je m’emballe, tout cela est encore loin ! Pour l’instant, j’ai surtout hâte d’être le 8 mars. Je veux enfiler ma combinaison de fyléonaute, je veux emplir mes oreilles des encouragements de la foule, je veux voir les musiciens nous accompagner jusqu’au pas de tir, je veux sentir la fusée décoller sous mon dos avec à mes côtés les meilleurs explorateurs et voyageurs de toute la ville. Vite, vite, que la nuit vienne, vienne et revienne, jusqu’à ce que le jour du Grand Voyage soit là !

Ecoutez l’intégralité des Chroniques de Fyléas dans l’émission Zazou.