Le journal d’Apolline S., les chroniques de Fyléas 3/4

Poitiers, 83ème jour de mon apprentissage.

Je suis encore toute étourdie : les réunions avec les ingénieurs, universitaires et politiques, les séances de discussion télékinésiques avec Adorias, les moments dans l’atelier géant où se construisent les fameuses machines… voilà que même la presse vient me voir, moi ! J’ai rencontré un journaliste hier, Lysandre Carisse, qui travaille pour la Gazette de Poitiers. Nous avions convenu d’un rendez-vous dans le hall de l’ancienne cité Jeanne d’Arc, là où sont entreposés tous les travaux théoriques en vue du voyage. J’étais fébrile, j’avais peur de dire n’importe quoi ! Mais il devait avoir l’habitude des gens comme moi, il était très chaleureux. Le temps de finir l’express-café que j’avais préparé en l’attendant, j’étais déjà beaucoup plus à l’aise. Je colle l’article sur la page suivante. Une fois mes hésitations et mes balbutiements enlevés, on a l’impression que je suis totalement sûre de moi. Si les gens savaient !

VOYAGE VERS LA PLANETE FYLEAS : RENCONTRE AVEC APOLLINE SIERRE, ASTRONOME
Voilà bientôt deux semaines que l’annonce de l’incroyable découverte de la planète Fyléas a été faite. Les yeux du monde entier sont tournés vers Poitiers alors que les préparatifs du Grand Voyage se précisent. Au milieu de l’effervescence qui s’est emparée de toute la ville, nous nous sommes rendus rue de la cathédrale, à la rencontre de l’astronome par qui tout a commencé : Apolline Sierre.

La Gazette de Poitiers : Bonjour, Apolline Sierre.
Apolline Sierre : Bonjour.
GdP : Vous ê
tes apprentie-professeure en astronomie sous la houlette de la professeure Amandine Caristhène, vous êtes l’autrice de plusieurs articles déjà publiés dans des revues scientifiques nationales, et en prime, vous avez trouvé le temps de découvrir la planète Fyléas. Ai-je bon ?
A.S. : Vous enjolivez les choses ! (rires) Concernant Fyléas, j’ai surtout eu la chance d’être présente à l’observatoire le jour où ils nous ont contacté.
GdP : Et modeste, donc. Il se dit pourtant que le représentant de leur planète a insisté pour que vous soyez incluse dans les échanges suivant ce premier contact.
A.S. : C’est vrai, mais c’est avant tout une requête d’ordre technique. Pour faire simple, leur technologie s’appuie en partie sur la connaissance de l’autre. Il leur est plus simple de communiquer avec quelqu’un qu’ils connaissent déjà.
GdP : Vous parlez de leur technologie. Celle-ci semble étonnante, et plus avancée que la nôtre. Pourtant, ce sont les terriens qui préparent un voyage vers Fyléas.
A.S. : Il faut bien comprendre que si leur télékinésie ressemble pour nous à de la magie, il en va de même lorsque nous évoquons avec eux notre science de la vapeur et du pneumatique. Fyléas est dépourvue des matières fossiles qui nous ont permis ces avancées. C’est donc de notre ressort de nous envoler vers eux, et d’échanger nos savoirs.
GdP : Cela signifie qu’ils sauront ensuite faire le voyage retour ?
A.S. : Bien sûr. Et nous sommes aussi impatients de les recevoir qu’eux.
GdP : Nous sommes entourés de nombreux plans et schémas tous très techniques. Sont-ils en rapport avec le Grand Voyage ?
A.S. : En grande partie, oui. Par exemple, vous avez ici le schéma du télescope géant d’extérieur. L’observatoire de l’hôtel de ville est trop étriqué pour accueillir du monde, et nous voulions que les poitevins puissent observer d’eux-mêmes la planète Fyléas, ou en profiter pour s’initier à l’astronomie ! Vous trouverez aussi les plans des chars d’Accompagnement de la Science Spatiale par l’Oreille – ou char d’ASSO pour faire plus court – qui serviront de bases mobiles de recherche et de diffusion.
GdP : Et ce grand plan sur le mur du fond ?
A.S. : C’est celui de la fusée municipale PIQUETON-4. Sa construction vient de commencer. C’est elle qui emmènera les voyageurs vers Fyléas.
GdP : Et d’où décollera-t-elle ?
A.S. : D’ici ! Enfin, de Poitiers. Plus précisément, de l’endroit qui réunit à la fois l’altitude requise et espace disponible : la place de l’hôtel de ville.
GdP : Il existe de nombreux pays, de nombreuses villes bien plus grandes que Poitiers qui rêveraient d’accueillir le pas de tir de cette fusée PIQUETON-4. Comment avez-vous réussi à convaincre tous ces scientifiques, tous ces dirigeants de maintenir le décollage dans notre ville ?
A.S. : Les fyléens n’ont pas cherché à nous contacter ici par hasard : comme nous, ils ont déterminé que Poitiers était parfaitement située pour maximiser la poussée initiale de la fusée. Il ne restait plus qu’à sélectionner la bonne date : ce sera le mercredi 8 mars, quand les axes de nos deux planètes seront le mieux alignés.
GdP : Merci pour toutes ces précisions, future-professeure Sierre ! Une dernière question : où serez-vous, le 8 mars prochain ?
A.S. : Le nez collé contre le hublot de la fusée !